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MMA au Canada : bientôt sous respirateur artificiel? (partie 1)
Vendredi, 13 Août 2010 17:54    PDF Imprimer Envoyer
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Nouvelles - Local

MMA bientôt sous respirateur artificiel?

Je n’ai pas l’habitude d’écrire des éditoriaux. Il y a, je trouve, suffisamment de nouvelles à couvrir chaque jour pour que mon emploi du temps ne me permette pas de faire constamment part de mes opinions personnelles. Normalement, j’aurais posté ce texte dans la section « Canada », car ce fléau pourrait nous toucher d’un océan à l’autre, mais je voyais le sujet comme étant si important que je voulais être bien certaine qu’il ne passerait pas inaperçu. L’heure est grave. Plus que vous ne le croyez.

Alors qu’il y a moins de deux ans, la Ministre Courchesnes, alors ministre du sport et de l’éducation, entendait rencontrer ses homologues Canadiens à Ottawa suite aux JO d’Athènes pour demander la modifier de la section 83 du code criminel canadien rattaché aux combats concertés, ce qui aurait pu permettre d’éliminer la zone grise et légaliser le sport amateur comme professionnel dans l’ensemble du pays, et que l’UFC s’unissait aux Canadiens dans l’espoir de faire pression au fédéral dans cette même optique (ce qui leur permettrait de faire avancer le dossier en Ontario), voilà qu’on apprend maintenant que la British Columbia Medical Association (BCMA), l’équivalent de notre Collège des médecins au Québec, avait durant sa réunion annuelle, décidé d’inclure à l’ordre du jour du colloque de l’Association médicale canadienne (AMC) qui aura lieu du 23 au 25 août prochain à Niagara Falls en Ontario, la possibilité de discuter de la nécessité de rendre le sport des MMA illégal au pays. Advenant un consensus sur la question, l’association canadienne entend faire pression sur le gouvernement fédéral, avec l’aide de ses lobbyistes, afin que des mesures soient prises dans les plus brefs délais en vue de bannir définitivement le sport au Canada.

Il serait facile de faire la sourde oreille en se disant qu’il se s’agit que de « bouffons de la cours » et que jamais ces derniers, fort possiblement en position de minorité, ne réussiront pareil exploit. Or, le sport est fragile, tant dans les faits légaux que dans l’opinion publique. Et ce serait sous-estimer l’influence de la communauté médicale.

Selon le Dr. Ian Gillespie, président actuel de la BCMA, c’est un neurologiste de la région du Lower Mainland qui a apporté cette résolution, notamment suite à l’événement UFC qui a eu lieu à Vancouver, où de nombreux athlètes ont dû être traités au Vancouver General Hospital pour des lacérations diverses, fractures et contusions du visage. Ce dernier s’est aussi dit extrêmement concerné par le risque d’incidence de blessures sérieuses, incluant les dommages cérébraux. Puis référant au décès de l’athlète américain de 30 ans, Michael « Tree » Kirkham, en juin dernier lors d’un événement qui avait lieu à Aiken en Caroline du Sud, le Dr. Gillespie mentionne pour justifier ses actions : « "Récemment, un combattant de MMA qui faisait ses débuts professionnels est décédé d’une hémorragie cérébrale après avoir reçus des frappes de façon répétée ».

Or ce dernier ne remet jamais en perspective la faible expérience de l’athlète (qui n’avait que six combats amateurs à son actif et qui s’entraînait de façon autodidacte dans son garage et apprenait en lisant des bouquins et en regardant à l’œuvre son idole, Chuck Liddell), le matchmaking douteux dont il a fait l’objet , ni le fait que l’athlète de 6’9" se battait à 155 livres. Et fait encore plus important, le médecin ne fait nullement mention de sa condition médicale pré-existante, le père de Kirkham ayant lui-même dévoilé que son plus jeune fils avait sévèrement souffert des suites de son dernier combat amateur qu’il avait d’ailleurs perdu par TKO, après que son adversaire l’eut frappé à de nombreuse reprises au derrière de la tête jusqu’à ce que la plaie soit « rouge comme une betterave » et ce, malgré les avertissements répétés de l’arbitre. Kirkham était d’ailleurs sous le coup d’une suspension de 30 jours pour le TKO qu’il a subit, suspension qui s’était terminé deux jours à peine avant ses débuts professionnels où il a trouvé la mort des suites d’une hémorragie cérébrale. Le père de l’athlète soutient que ce dernier n’était pas prêt à se battre de nouveau et qu’il n’avait pas effectué le suivi médical que sa situation aurait requis suite à l’incident de son dernier combat amateur. Selon le Dr. Joe Estwanik, auteur du livre « Sports Medicine for the Combat Artists » et ancien conseiller médical de la commission athlétique de Caroline du Nord, ce dernier aurait pu être victime de SIS (Second Impact Syndrome), une affection caractérisée par le fait que dans les 3 à 30 jours suivant un impact violent à la tête, un second coup, même banal, pourrait provoquer une réponse démesurée du corps. Cette affectation laisserait au pauvre malheureux qu’un maigre 50% de chance de survie. Quant au Dr. Robert C. Cantu, un spécialiste de la recherche sur ce syndrôme, un simple CAT Scan aurait pu déceler cette condition et on aurait ainsi pu prévenir l’incident. Or, Kirkham qui ne touchait qu’une maigre bourse de 300$ pour son combat et qui était endetté de plusieurs dizaines milliers de dollars pour pension alimentaire impayée, ne pouvait se permettre de défrayer les 1000$ nécessaire à la réalisation de cet examen médical non obligatoire, pourtant un pré-requis par exemple ici au Canada par les commissions athlétiques. Il est important de souligner que le sport est relativement jeune en Caroline du Sud, ayant été sanctionné en 2009 seulement, et que la commission athlétique a toujours refusé de commenter sur le secteur névralgique que représentait les pré-requis médicaux, nettement inférieurs à ceux des autres commissions athlétiques évoluant sous les règles unifiées.

Deux autre décès ont déjà été répertoriés dans ce sport. Il s’agit du combattant américain Doug Dedge lors d’un événement non sanctionné en Ukraine en 1998, à une époque où le sport n’était pas réglementé comme aujourd’hui et dans une zone territoriale où la supervision était névralgique lors des joutes de sport de combat. L’athlète avait souffert d’une blessure à la tête (il avait perdu conscience à l'entraînement) dans les jours précédant le combat lors duquel il a trépassé. Il avait pris la décision de quand même participer à l’événement malgré sa situation. Il convient aussi de mentionner que de constitution et santé fragile, Dedge n’aurait jamais dû participer à des événements d’arts martiaux mixtes. Plusieurs athlètes qui se sont entraînés avec lui ont témoigné de problèmes médicaux diverses, telle des pertes de conscience impromptues, perte de vision pendant plusieurs minutes… Lors de cet événement qui avait lieu à Kiev, on rapporte même que les combattants étaient poings nus et que Dedge avait tenté d’étrangler de son adversaire avec ses bandeaux de poignets! Juste pour remettre en perspective à quel point les règles dérisoires et la supervision n’avaient rien à voir avec celles actuelles. Le sport, si on pouvait appeler cela un sport, n’avait rien à voir avec les MMA tel qu’on les connait aujourd’hui.

Quant au second décès répertorié, il s’agissait de Sam Vasquez en 2007, décédé des suites de ses blessures à la tête plusieurs semaines après un combat qu’il avait livré à Houston, alors qu’il était maintenu dans un coma artificiel.

Mais qu’à cela ne tienne. La BCMA, aveuglée par ses croyances et cherchant à prouver son point semble bien se garder de donner des détails. Il apparait qu’excluant Vasquez qui a été victime d’un malheureux incident, tous les combats ayant mené à des décès - dont le nombre, il faut le mentionner, est nettement inférieur (2) en près de 20 ans, à celui de tout autre sport comparable et même sports populaires professionnels – ce qui a été remis en cause à chaque fois était des lacunes au niveau de la supervision, de la réglementation et/ou des pré-requis médicaux.

Et pour régler la situation, il faudrait bannir le sport et le retourner dans l’illégalité, où les combats se poursuivront sans aucun doute sans supervision adéquate? Cherchons maintenant la logique! Le combat chez l’homme existe depuis la nuit des temps. D’ailleurs, le Pankration a été un des premiers sports olympiques et date de la Grèce antique. L’homme est ainsi conçu. Mammifère primal, il partage encore la similitude du combat avec plusieurs autres espèces. MMA, boxe, kickboxing, jiu jitsu, muay thaï, karaté, tae kwon do, aikido voire même l’escrime, l’art de combattre, peu importe la façon, est ancré chez l’être humain.

On a sorti les MMA des sous-sols d’église, sorti les « streetfighters » des fonds de ruelle en les attirant vers des centres d’entraînement et un sport professionnel noble, supervisé, réglementé et payant. Faudrait-il jeter tout ça aux ordures à cause croyances clownesques d’une association de médecins vieillissants et conservateurs qui jouent à l’autruche et semblent penser que ce qu’on ne voit pas n’existe pas? Retourner en arrière et remettre le sport dans l’illégalité ne soulagera leur « bonne conscience » qu’en apparence. Ils vont traiter des gens blessés suite à des bagarres de bars croiront-ils, sans savoir qu’ils auront été les instigateurs d’un sombre fléau : celle du retour de ligues de combats non supervisés et dangereux.



 

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